Traverser la rivière sous la pluie

De quoi parle-t-on?

(D’ailleurs on ne parle pas vraiment)

Des tirs au loin, ils fuient avec presque rien et se retrouvent face à une rivière sans pont. Sur l’autre rive, une cahute (frontière ? check point ? ou mirador ?) et des uniformes armés (militaires ? miliciens ? des gardes ?). Ça tire au loin ; il faut traverser !

D’un côté, une grand-mère Belge dans une valise, trainée par son fils aussi dévoué que Turc; une femme enceinte Britannique, son mari Norvégien, et leur gros bébé Suédois. Ils vont se débrouiller, avec leur presque rien, pour trouver des solutions ; naïves, décalées, bizarres, humaines.

De l’autre cote de la rivière, deux gardes qui essayent, vaille que vaille, de faire respecter la consigne.

On croise aussi la bonne volonté d’un humanitairien, un blessé grave, un touriste égaré et l’incontournable reporter.

Il n’y a pas de fatalité, seulement des circonstances et des opportunités, et les moyens qu’ils trouvent, ensemble, de s’en saisir.

Ce sont, sur chacune des rives de cette rivière, des clowns-bouffons qui parlent leurs Gromlo respectifs.

Ce ne sont pas des martyrs, ni des bourreaux. Juste des victimes sans pathos mais pleins d’espoir, de vie, mis dans une situation qui ne date pas de hier et qui se reproduit sans fin.

 

 

Note d’intention de mise-en-scène:

Être clown, c’est un peu comme plonger dans une rivière sans fond (François Cervantès) … Apprenons donc à nager …

Dans une situation d’urgence, il n’y a pas de questionnement, d’avant ou d’après, de pourquoi. Ils, les fuyards, sont entièrement dans ce qu’ils sont en train de faire, c’est à dire sauver leur peau. Ce sont des bouffons en civil, un groupe sans hiérarchie, sans chef, sans faire valoir ou premier rôle, se donnant du jeu les uns aux autres. Ils effectuent un exercice de virtuosité physique, toujours dans un extrême, un déséquilibre constant vers l’avant. La situation impose une fonction aux personnages. Ils s’en emparent, la transforment, en jouent le plus sérieusement du monde.

Nous ne jugeons pas ceux qui fuient, pas plus que ceux qui les en empêchent ou ceux qui essayent de les aider. Par contre cela nous fait rire que les Gardes et les Humanitairiens et les Reporters et les Blessés soient les mêmes acteurs.

Il n’y a rien à discuter ou à négocier, alors pourquoi ou plutôt comment parler en clair dans six langues maternelles différentes? Le Gromlo s’est imposé pour habiller le langage des corps comme la bande son habille l’action. La parole n’existe d’ailleurs qu’à un endroit de nécessité absolue. On essentialise la parole, et la parole est essentielle. Elle est musique, gromlo, c’est un appui rythmique et sensoriel. Puis un mot identifié surgit tout à coup, à un endroit inattendu, colorant l’action d’un sens nouveau. Aucun accessoire n’est placé gratuitement sur l’espace de jeu. Tout doit être utilisé, réutilisé, transformé, détourné.

Le son est réaliste, les bombes, la rivière, la radio nous rappelle que ce petit évènement fait partie d’un grand. Si on osait une analogie avec le cinéma, ce serait du théâtre d’avant le parlant, plus physique que bavard, sonorisé « à la cartoon ».

Si des spectateurs persistent à y voir autre chose que des fuyards, c’est « à l’insu de notre plein gré » car nous voulons juste leur enlever ces étiquettes de … ou de … pour leur rendre leur humanité, et nous la nôtre.

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